lundi 19 décembre 2011

Conditions pour généraliser le nucléaire dans le monde

Les besoins mondiaux en énergie, pour ce siècle et les suivants sont en augmentation constante. On nous dit que bientôt nous n’aurons plus assez de pétrole, de gaz, ou de charbon, que les énergies renouvelables ne seront pas suffisantes. Que la seule solution est le nucléaire. Plus particulièrement, les centrales de quatrième génération fonctionnant sur le principe des surgénérateurs comme Phénix et Super Phénix. Nous aurions ainsi une énergie quasi-illimitée, puisque nous pourrions utiliser l’uranium 238 beaucoup plus abondant que le 235 employé actuellement dans nos centrales.

Ce raisonnement n’est pas exact d’un point de vue macroéconomique, car toutes les situations ne sont pas les mêmes partout dans le monde.

Le nombre de pays capables de posséder des centrales nucléaires est en réalité très faible.

Une centrale nucléaire exige des spécialistes très bien formés et fiables. On peut former un grand nombre de personnes compétentes, mais on ne peut pas être sûr que des facteurs, tels que la corruption, ne vont pas affaiblir le fonctionnement des centrales. On a vu que même au Japon, des irrégularités ont été commises. Plus on augmente le nombre de centrales, plus on accroît statistiquement le risque d'accidents. Il est difficile de trouver des lieux d'installation assurant les conditions de fiabilité suffisantes : eaux de refroidissement, tremblements de terres, autre catastrophes naturelles ou attentats terroristes.

La fabrication du combustible nucléaire nécessite des moyens importants. Peu de pays ont les compétences pour en produire, et le coût serait prohibitif pour nombre d’entre eux.

La gestion des déchets reste un problème majeur dans tous les pays ayant des centrales nucléaires. A ce jour, aucun pays n’a trouvé de solution pérenne. L’Allemagne a subit un échec avec l’enfouissage dans des mines de sel censées tenir des millions d’années, mais qui au bout de quatre décennies seulement ont commencé à se déstabiliser. Les Etats-Unis n’ont pas encore trouvé non plus de solution avec leur site de Yucca Mountain. La France n’en est encore qu’au stade du laboratoire.

Un accident nucléaire ne ressemble à aucun autre. Après l'explosion d'AZF, le site a pu être rapidement réutilisé. Il n'en a pas été de même après Tchernobyl et Fukushima. En comparaison aux autres sources d’énergie, le nucléaire n'a pas fait beaucoup de morts, mais ses dégâts sont d’une autre ampleur. Les répercussions s’étendent à des échelles de continents, tout en interdisant l’accès à l’environnement plus ou moins proche de la catastrophe pendant des décennies voire même des siècles. Les compagnies d'assurance savent très bien qu'un mort coûte moins cher qu'un blessé.

Si le monde se dirigeait vers un grand développement du nucléaire nous aurions trois catégories de pays : ceux qui possèdent l’ensemble de la filière, ceux qui auront les centrales sur leur territoire, mais sans la technologie, et enfin, ceux qui se passeront du nucléaire par choix ou par nécessité.

Tous les pays qui auraient des centrales nucléaires seraient privilégiés car ayant une énergie nucléaire, en théorie peu chère.

Quelques pays dont la France devraient fournir les combustibles, et accepter les déchets de ceux qui auraient des centrales, mais n’auraient pas les technologies nucléaires.

Il faudrait accepter que rarement, mais inexorablement nous ayons des accidents de type Fukushima. Ce risque serait accentué par l’obligation de transporter les combustibles et les déchets vers les pays n’ayant pas les technologies nucléaires.

Les pays n’ayant pas de nucléaire, par choix ou par nécessité, vont forcément trouver d’autres solutions qui au cours du temps vont devenir compétitives.

On ne peut pas extrapoler nos connaissances actuelles sur les découvertes qui seront faites dans les siècles à venir. Il y a un siècle seulement, la science était tout à fait différente de ce qu'elle est devenue. Que savons nous de la science du siècle prochain?